Sorcier par le rêve

Comme Alice au pays des merveilles, Ewou Nzo vit, à travers des
rêves répétés et continus, des aventures prodigieuses qui le ramènent
aux origines mythiques de l'Afrique. A la différence d'Alice
cependant, les prodiges d'Ewou Nzo entraînent tout le village dans un
chambardement des croyances et des pratiques établies qui vont se
révéler comme des signes avant-coureurs de la catastrophe finale :
l'invasion du pays par des hommes sans orteils. Le roman d'Eweck
nous plonge dans un univers imaginaire étonnant que la plupart des
Africains ont perdu aujourd'hui, servi par une langue riche qui retrouve
son innocence originelle, loin des agressions des stylistes revanchards.
Aussi l'auteur raconte-t-il comment un peuple de cette Afrique
précoloniale là, voulant empêcher la pénétration puis l'installation chez
lui des colons européens vus en rêve, préconise l'inondation du village
à l'aide d'une pluie qu'il faut aller chercher dans un «ékom», sorte de
paradis où il ne fait cependant pas bon vivre. C'est que le paradisékom,
ici, est bel et bien un lieu où baignent béatitude et félicité
éternelles, un endroit où est stocké tout ce qu'il faut pour rendre
heureux l'homme mais uniquement celui qui vit encore sur terre, mais
pas le mort qui y séjourne déjà et qui se contente simplement de
contempler ces biens dont ce paradis est gorgé.
Mais là n'est pas le seul paradoxe de ce paradis. En effet, comment
parvenir à y séjourner alors que l'on continue à vivre sur terre ?
Il faut, bien sûr et tout d'abord, opérer une mutation de son être,
c'est-à-dire aller à la découverte de ses «yeux supplémentaires» grâce
auxquels on devient sorcier actif et, ensuite seulement, y faire le
voyage par le biais de son ectoplasme.
Tout ceci s'étant réalisé dans ce village d'Afrique, comment se
passe alors la rencontre entre ces peuples, entre ces deux cultures ?
Telle est la trame même de cette belle aventure romanesque.