Le capital humain

Le matricule 1829, alias Toxic, a enfin obtenu
sa conditionnelle. Le monde, après plus de
dix ans de taule, n'est plus guère comme il
l'avait quitté. Mais sa rage est intacte : ce boulot
dans une usine classée «Seveso», cette piaule dans
un foyer -si semblable à sa cellule-, sa condition
d'intérimaire, tout cela n'est là que pour attendre le
dernier coup : le coffre d'un bourgeois en or massif.
Après ce sera les Caraïbes, la vie douce...
C'est compter sans... les autres, ceux contre
lesquels il s'était tant blindé. Ces ouvriers ne sont
pas tous les moutons bêlants qu'il s'imaginait. Eux
aussi ont leur histoire qui pourrait paraître
dérisoire si elle n'était pas si attachante. La
camaraderie pointe son nez comme une pousse de
verdure dans ce sol brûlé par les acides. Puis le
sourire confiant de Louise. Peu à peu, Toxic
redevient Patrick Branly et se prend à y croire.
Jusqu'au jour où... l'occupation de l'usine est
votée par des ouvriers prêts à tout.