Traduire en français à l'âge classique : génie national et génie des langues

La notion de «génie», avant de désigner des qualités artistiques
individuelles, se développe et s'impose en France aux siècles
de Malherbe et de Voltaire, pour rendre compte de traits objectifs
propres à une nation ou à une langue. La vision négative que le
XIX<sup>e</sup> siècle a construite de la «traduction à la française» a contribué
à associer le mythe du «génie de la langue française» avec
celui des «belles infidèles». Elle a formé l'image d'une nation
profitant de son hégémonie politique, culturelle et linguistique
pour traiter avec une désinvolture qui se dénomme «liberté»,
mais aussi, «usage», «règles» ou «bienséances» les oeuvres
anciennes ou modernes qu'elle entreprend alors de traduire.
Ce volume s'inscrit dans le cadre de l' Histoire des traductions
en langue française (Projet blanc ANR, sous la direction d'Yves
Chevrel et Jean-Yves Masson). On a cherché à y replacer la
relation entre génie et traduction dans le contexte historique et
idéologique des siècles classiques, afin d'éclairer des discours
et des pratiques de traduction qui, loin d'être simplement «ethnocentriques»
selon des critères anachroniques, sont d'une part
beaucoup plus variés, d'autre part beaucoup plus complexes et
cohérents qu'on pourrait le croire.