La ligne de charge

«Vous m'imposiez toutes sortes de déguisements ôtés le soir, en douce, les uns après les autres pour échapper aux noeuds de guirlandes qui m'emberlificotaient. Oeuvre, disons-le tout de suite, d'un artisan pluridisciplinaire qui avait la manie des crans. Avec une pâte de sa fabrication, il confectionnait des carcans kitsch, couturés au poil. Il les posait sur la peau. Un vernis étalé jusque dans les plis renforçait le dispositif... Des conseils étaient dispensés avec bienveillance... Surtout ne pas bouger, que les laques liant les pellicules entre elles, ne craquent... Une fleur plantée au beau milieu parachevait l'ouvrage.»
C'est un regard terrible sur une éducation comme elle se concevait il y a quelques années, comme elle se conçoit encore, certains carcans sont solides et passent les générations. C'est aussi un regard sans ménagements sur le pouvoir, sur tous les pouvoirs qui enrayent le passage à l'âge adulte, le développement de l'individu porteur des pesanteurs de l'enfance.
En page de couverture, détail de La grande Odalisque de Jean Auguste Dominique Ingres, huile sur toile (91x 162 cm), Musée du Louvre