Retour de flammes : les pompiers, des héros fatigués ?

D'une popularité rarement démentie, vantés pour leur courage et leur
dévouement, les pompiers font partie de notre quotidien. Mais on
sait en réalité bien peu de choses de ce métier qui incarne aux yeux
de beaucoup l'altruisme dans son sens le plus noble.
Pompier depuis près de quinze ans, Romain Pudal est aussi
sociologue et, dans cette enquête en immersion, il nous fait découvrir
l'univers méconnu d'un des derniers services publics présents
sur tout le territoire français. Si les interventions pour incendie
demeurent le coeur de leur métier, les pompiers sont aussi en première
ligne pour affronter les inégalités qui se creusent et les tensions qui
s'exacerbent au sein de la société, sous l'effet des crises économiques,
du chômage de masse et de la précarisation généralisée. Confrontés
à toutes les détresses - physiques, psychologiques et sociales -, ils
doivent faire appel à des compétences techniques, mais aussi à des
qualités humaines pour y faire face. En ce sens, leur professionnalisme
est véritablement un humanisme.
Cependant, en incarnant à la fois la «main gauche» (aide et assistance)
et la «main droite» (ordre et sécurité) de l'État, en travaillant
au contact des plus dures réalités sociales tout en étant eux-mêmes
de plus en plus inexorablement précarisés ou mis en danger, les
pompiers se retrouvent pris dans un tissu d'injonctions contradictoires
dont les implications politiques sont loin d'être négligeables.
Si leur valeur cardinale demeure le service public, les pompiers ont
néanmoins fort à faire pour résister à un air du temps gestionnaire
et réactionnaire qui érode leur éthique faite d'altruisme, d'efficience
et de discrétion.