Une étoile en dérive

Aux alentours des années soixante, des paquebots déversaient un
flot d'Antillais sur les ports de France. On pouvait dire d'eux qu'ils
s'exilaient car leur billet était remboursable, le plus souvent, à un organisme
compatissant.
Munis d'une farouche fierté, d'un certificat d'études, ou simplement
de la grande volonté et du courage de vouloir obtenir le «Meilleur»,
ils déboulaient vers les administrations de la «Mère Patrie». Ils
trouvaient là une bonne planque contre la peur des vexations multiples,
un passeport pour la sécurité de l'avenir : deux à trois mois de congés
payés et une retraite avancée dans les îles. Réussite assurée dans cet
Eldorado.
Nella n'est donc pas une exception. Elle s'exile par la seule volonté
de Man-titine sa mère, meurtrie par la trop nette propension d'un
époux passé maître dans l'art de la séduction depuis une certaine réussite
sociale, à vouloir confondre vanité et Amour. Man-titine veut pour
sa fille ce meilleur-là. Mais Nella n'a pas «la corde» administrative.
Trahie par une cousine, ne se défiant de rien dans une capitale française
pleine d'embûches, l'îlienne affrontera, en vraie battante, la dérive
de sa destinée. Elle s'accrochera à son «Etoile» qui elle le sait, elle le
croit, est faite pour briller dans le firmament selon la loi de la création.