Métaphysique : concepts et problèmes

Métaphysique. Concept et problèmes est le premier cours
d'Adorno à être publié en France. Au début des années
1960, Adorno, professeur «dissonant» mais très écouté, a
fait du travail préparatoire à Dialectique négative (1966) le
contenu de son enseignement à l'Université de Francfort.
L'unité de cet enseignement tient au fait que la métaphysique,
dont Adorno se demande si elle est encore possible après
Auschwitz, est celle issue d'Aristote.
Aux yeux d'Adorno, la métaphysique est le scandale de la
philosophie : elle est sa principale raison d'être et pourtant
la philosophie s'avère incapable de la définir. Dans ce
dialogue avec Aristote, il assigne à la métaphysique les
concepts comme objet. Il perçoit cette dernière sous forme
d'un double «geste» : elle est à la fois critique et sauvetage,
et à ce titre, a assuré, au moins jusqu'à Auschwitz, la continuité
de la culture.
«L'époque n'est pas à la formulation d'une philosophie
première, mais d'une philosophie dernière», déclare Adorno.
Dans un contexte déterminé à la fois par les camps
d'extermination, la bombe atomique et la question de la «fin
de la philosophie», Adorno voit dans une nouvelle approche
métaphysique, dans la tentative pour penser ce qu'est
devenu notre monde, une chance de sauver celui-ci. De là
l'invitation à se mettre au travail «sans lampe en s'immergeant
profondément dans l'obscurité». Sans lampe ?
Entendons : à la lueur de la seule métaphysique devenue
l' Aufklärung du «monde administré», face à l'alternative,
catastrophe ou utopie.
Aussi loin de l'affirmation d'une résurrection de la métaphysique
que du projet heideggerien de son dépassement,
il importe à Adorno de tenter l'expérience d'une «minima
metaphysica».