Lettres à Pierre Borel (1951-1963). Post-scripta ad Jean Cocteau

Lettres a Pierre Borel (1951-1963)
Le genre épistolaire précède la conversation et lui succède. Jean Cocteau l'avait étourdissante. L'entourage du maître comprit vite qu'il traitait d'égal à égal avec Pierre Borel, malgré d'homériques empoignades sur les sujets abordés, sur lesquels ils tombaient d'accord, à tel point que l'aîné pressa le cadet d'écrire sur lui le livre qu'il en attendait (ces aperçus critiques sont en préparation) et qui le réconcilierait avec le public et lui-même. Etait-ce pour lui donner confiance ? En tout cas, il ne lui ménageait pas la sienne, suivi en cela par les Bachelard, Béhaine, Beucler, Desmeth, Dhôtel, Jouhandeau, Malraux, Norge et autres...
Leurs lettres furent des échanges littéraires amicaux. Jean Cocteau entendait-il par là lui dispenser des leçons d'une concision légendaire et proverbiale ? Ses missives, billets et « formules foudre » nous apportent des témoignages et éclairages originaux sur Baudelaire, Nerval, Verlaine, Rimbaud, Nouveau, Forain, Picasso, Jacob, Radiguet, Reverdy et quelques, de nature à raviver les souvenirs que nous en gardions. Sur le chapitre de la création et sur le plan des influences, il appartiendrait aux lecteurs avisés de comparer l'inspiration des deux poètes et de conclure à la réciprocité de leur dette ou non. Toujours est-il que l'on compte plusieurs heureuses expressions empruntées par l'ancien au plus jeune, texte en main, ce à quoi Jean Cocteau rétorqua, dissensions passagères surmontées, que ces exemples étaient des signes d'intelligence, des gages de reconnaissance, des preuves de communauté d'esprit - Parallèlement, le même art poétique les guidait. Ils se soutenaient à coups de mètres réguliers.
Certes, Boileau est plus prosaïque que Malherbe, mais il reste le facteur d'orgues de Baudelaire et successeurs, n'en déplaise aux apprentis sorciers de rythmes boiteux. Il s'agit, pour les tenants de la tradition, moins d'un retour aux sources que du maintien des règles immuables et influentes, à base d'idées-force, apanage, usufruit des créateurs de valeurs neuves, qui, dans la mesure où ils les transgressent justement, se les transmettent et les propagent à la vitesse de la lumière et du son. Jean Cocteau et Pierre Borel partagèrent cet héritage spirituel.