Le creux de la vague : journal, 30 juillet 1993-31 août 1994

Telles les océans, les civilisations, que nous savons être, elles aussi, mortelles, sont soumises aux fluctuations des houles qui déterminent la marche de l'univers, ce qui les entraîne à de parfois très impressionnantes, et non moins déterminantes, différenciations de niveau, suivant qu'elles se trouvent en période ascendante, à leur zénith, ou commençant un déclin auquel aucune n'a encore échappé.
Au cours d'un aussi extraordinaire parcours dans le temps, il est rare que survienne, et exceptionnel que se prolonge, une période suffisamment heureuse pour provoquer un calme plat (situation confortable, certes, mais susceptible d'être défavorable à la prise du relief que doivent ambitionner d'avoir tous destins s'ils ne veulent pas sombrer dans l'insignifiance). Pour lors, sinon désespérant, du moins passablement inquiétant, c'est "le creux de la vague" ; d'où le titre de ce 26<sup>ème</sup> tome publié de la multiforme confidence qu'est ce Journal. On y retrouve l'auteur tel qu'on l'a toujours connu, peu ménager de sa sécurité, et donc continuant d'avancer à contre-courant, ainsi que, depuis tant d'années, il s'est vu contraint de le faire par suite des poussées hostiles qui n'ont jamais manqué de s'opposer à l'atteinte du but qu'il s'est fixé très tôt.
A la longue, cela fatigue, et risque même d'épuiser (pour la mauvaise joie des forces adverses), mais, étant donné que c'est ce choix ou le naufrage assuré dans les flots troubles d'un monde qui s'en va à vau-l'eau, il ne saurait être question de changer de cap, quelle que soit l'ampleur des risques courus en procèdant de la sorte.