Tout souriant, je conduis mon luth..

Le langage commun est un leurre. Chacun raisonne avec
ses propres mots. Croyant se comprendre, renonçant à
s'aventurer au-delà des apparences, bien souvent on se
compromet. Les mots sont comme les pierres qu'on soulève au
jardin fleuri du dico pour livrer à l'enfant émerveillé des paysages
inouïs peuplés de monstricules sidérants. Jarry le savait qui voulait
que les mots fussent «polyèdres d'idées», carrefours de sens tout
au long de la route des phrases. C'est ainsi au pays Giraudet :
à peine a-t-on enfourché sa bésiclette qu'on se retrouve échappé
bel, hors peloton, comme soûlé (vers où ?), chaotant d'un chemin
de traverse à l'autre à la hucharde sur des pistes inconnues à
panneaux truqués, tronqués, fuyants. Francis y fonce, avec tout
son nécessaire de survie à lui serré dans sa valise à mots, sans faire
de concession à la moulinette : mots consensuels et formules
passe-partout, langue à la mode de bois et mots-valises, références
obscures et coups de coude appuyés, homophonies diaphanes
et calembours occultes, tout y passe. Le lecteur arrivera-t-il, et
en quel état, au bout du conte ? Un bon coup de niohl dans le
goulafon aidera sans doute à entrer dans une danse où les mots
s'emmiellent. Et si ça tangue un peu, ça sera toujours ça de pris
sur la m... Qu'on le sache et se le dise, voilà pour l'intrigue ! Quant
à Francis, voici pour laper l'apéro son cévé en tarte de visite :
Mil neuf cent quarant-sept né sous le signe d'Unda
Dans le Bordo Thödol qui le hua Dada
Schibboleth et Schéol gargarisent sa hure
Mais à Olonn' tout sec ore il pend sa pelure
Et pèle sa pensure
Comme un zibou
38, rue des Recorderies
Base hylique.