Mobilisations de victimes

Mobilisations de victimes

Mobilisations de victimes
2009220 pagesISBN 9782753509726
Format: BrochéLangue : Français

La figure de la victime nous est devenue très familière. Des essais dressent l'inventaire

de ses apparitions dans des pays occidentaux devenus «sociétés de victimes», des

enquêtes sociologiques constatent son influence grandissante, tandis que le droit et les

institutions sont réformés pour lui faire une meilleure place. Le qualificatif de victime

peut désormais avoir la force d'un statut : titre à faire valoir pour l'obtention de prestations

ou de dédommagements, ou nouveau rôle à jouer sur la scène judiciaire. Journalistes,

professionnels de la politique et intellectuels constatent de leur côté l'émergence d'une

«figure de la victime» qui bouleverserait l'agencement des droits nationaux comme du

droit international, justifierait un nombre toujours plus important de mesures de soutien

psychologique ou de prise en charge judiciaire, voire serait le signe d'une évolution des

rapports entre les individus. Cette évolution est décrite tantôt comme une humanisation,

tantôt comme une déresponsabilisation fondée sur la valorisation de la passivité. Dans

le même temps, des polémiques portant sur une «concurrence des victimes» jettent un

doute sur la légitimité de certaines prétentions à ce statut.

Les mobilisations de victimes suscitent de la compassion ou de l'indignation, plus

rarement des analyses. Les prophéties sur l'avènement de la victime sont pareillement

peu démontrées. Dans tous les cas, on parle de la victime, on la fait parler pour autant

qu'elle se «plaigne» ou qu'elle «témoigne», mais on se préoccupe peu de savoir qui elle

est, ce qu'elle dit et revendique, et comment ses prises de position sont portées par des

collectifs défendant une cause «victimaire».

Cet ouvrage apporte un éclairage lucide sur ces questions, en analysant des

mobilisations de victimes relevant de terrains variés (aux XX<sup>e</sup> et XXI<sup>e</sup> siècles, en France,

dans les pays ex-communistes ou en Amérique latine etc.). S'appuyant sur les acquis

de la sociologie des mouvements sociaux, les auteurs abordent les problèmes délicats

d'un rapport impartial de l'observateur scientifique à la victime, des phénomènes de

concurrence et de mimétisme entre mouvements, des processus par lesquels des experts

parlent pour les victimes, mais aussi de la manière dont «la victime» en vient à exister en

revendiquant ce titre et en se faisant reconnaître comme telle.

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