Cahiers de philosophie de l'Université de Caen, n° 47. Le phénomène Europe

L'Europe n'est pas une simple identité culturelle facilement repérable et la
tâche propre du philosophe est de montrer qu'elle est d'abord une question
décisive et prioritaire, car c'est la possibilité même de sa définition qui
ne va pas de soi. Étudier l'Europe en tant que «phénomène», être attentif au
«phénomène Europe», comme le proposent les travaux réunis ici par les équipes
de recherche de Nantes (CAPA) et de Caen ( Identité et subjectivité ), permet d'une
part de ne pas enfermer dangereusement l'Europe dans une définition limitée
qu'elle soit géographique, religieuse ou politique. Cela rend possible d'autre
part, de mettre en lumière que l'Europe, dans sa crise structurelle, n'est pas une
«idée fixe», une obsession accidentelle de certains, mais un projet, un avenir,
de l'humanité elle-même, qui ne peut être pleinement déterminé à l'avance.
Les grands philosophes contemporains que sont Hegel, Husserl, Heidegger,
Patocka, Lévi-Strauss, Arendt, Levinas, Gadamer et Derrida, peuvent redonner
foi en l'Europe en montrant que dans la difficulté de sa tâche de rationalisation,
dans sa fragilité historique, elle est d'abord une exigence éthique de responsabilité
universelle qui doit cependant s'accorder aux exigences de l'action.