Le coup de lune

Avait-il une seule raison grave de s'inquiéter ? Non. Il ne
s'était rien passé d'anormal. Aucune menace ne pesait
sur lui. C'était ridicule de perdre son sang-froid et il le
savait si bien qu'ici encore, au milieu de la fête, il essayait
de réagir.
D'ailleurs, ce n'était pas de l'inquiétude à proprement
parler et il aurait été incapable de dire à quel moment
l'avait pris cette angoisse, ce malaise faits d'un déséquilibre
imperceptible.
Pas au moment de quitter l'Europe, en tout cas. Au
contraire, Joseph Timar était parti bravement, rouge d'enthousiasme.
Lors du débarquement à Libreville, du premier contact
avec le Gabon ? Le navire s'était arrêté en rade, si loin
qu'on ne voyait de la terre qu'une ligne blanche, le sable,
surmontée de la ligne sombre de la forêt. Il y avait de
grandes houles grises qui soulevaient la vedette et l'envoyaient
heurter la coque du paquebot.