Cahiers d'études africaines, n° 213-214. Les mots de la migration

En Afrique, les voyageurs,
les migrants ou les aventuriers,
ainsi qu'ils se nomment
variablement selon les lieux,
les langues et les moments,
font l'objet d'un ensemble
de productions langagières,
artistiques ou discursives souvent
sous-estimées dans les travaux
sur les migrations. Ancrés dans
les sociétés ouest-africaines,
les récits et les discours autour
des migrations montrent que
les perceptions qu'elles suscitent
s'inscrivent dans des historicités et
des dispositifs sociaux et politiques
à chaque fois spécifiques.
C'est cette relation que ce numéro
se propose d'examiner en étudiant
comment la circulation des récits
et des discours sur les migrants
ou par les migrants eux-mêmes
constituent un ensemble narratif
(de textes écrits ou oraux,
privés ou publics) déterminant
pour comprendre, d'une part,
les fonctions et les processus
migratoires et, d'autre part,
mesurer l'impact qu'ils possèdent
sur ces mêmes processus. Qu'il
s'agisse de productions locales
ou internationales, de discours
politiques, culturels ou ordinaires,
de récits de vie ou de chants
(officiels ou populaires), qu'ils
soient relayés par les médias, le
cinéma ou la littérature, toutes
ces mises en mots circulent dans
les espaces sociaux et prennent
une valeur performative dont les
effets portent sur les imaginaires,
mais aussi sur les décisions
prises au cours des migrations :
les départs, les trajectoires, les
pratiques sociales, les itinéraires,
les modalités de résidence, les
formes de vie ailleurs, les retours...
Les trois parties de ce numéro,
la migration mise en discours,
en récits et en scène , renvoient à
trois types d'espace de parole où
se construisent des images, des
figures et des paroles de migrants.