La structure métaphysique du monde moderne : Heidegger et la question de la technique

La structure métaphysique du monde moderne
L'âge technique, annoncé par Heidegger, n'est rien d'autre que la
mise en place d'un règne absolu de la Raison préparé par la tradition
métaphysique telle quelle s'est développée de Platon à Hegel (et
dont le renversement nietzschéen n'a fait qu'exhiber le soubassement
caché, c'est-à-dire l'auto-affirmation inconditionnelle de la vie qui
le porte). Ce règne planétaire de la Raison, dont la forme aboutie
est celle d'une domination des mathématiques, est la mise en oeuvre
d'un idéalisme selon lequel la réalité empirique, qu'elle soit naturelle
ou sociale, a pour vocation d'être entièrement produite et contrôlée
par la pensée rationnelle. C'est, comme l'avait vu Baudrillard, le
monde des « réserves naturelles », du virtuel, de la simulation, du
contrôle social et de la généralisation de la procréation in vitro. Il
s'agit à travers cela, bel et bien, d'un accomplissement de ce que la
métaphysique a pensé à l'avance, c'est-à-dire d'un dévoilement de
« ce qui est en tant qu'il est » », de l' on e on , comme simple effet, à
chaque fois fugitif, d'un modèle rationnel. Cette civilisation planétaire rationnelle, qui se présente d'abord faussement comme une
ère de liberté dans la mesure où elle oeuvre à la destruction (ou à la
relativisation) de toutes les traditions et particularismes culturels,
est en fait portée par le postulat fou d'un monde naturel et social
dans lequel tout serait fondé et contrôlé (par la Raison au service de
la vie), c'est-à-dire par le déni de la simple existence, le refus obstiné
que la rose soit « sans pourquoi ».