Henry de Monfreid et Rémy Lavigne : rencontre en Abyssinie

Henry de Monfreid avait trente-deux ans au moment de sa
rencontre avec Rémy Lavigne. Il n'était pas encore ce personnage
hors du commun, souvent considéré, avec le recul du temps,
comme un aventurier sulfureux «racheté» par l'écriture.
Arrivés tous deux en Abyssinie en 1911, à trois mois d'intervalle,
ils étaient employés chez des négociants dans des maisons de
commerce concurrentes, l'un dans le Tchertcher, l'autre à Addis
Abeba.
Comme Arthur Rimbaud, vingt-cinq ans plus tôt, Henry de
Monfreid et Rémy Lavigne ont peiné à dos de cheval ou de mulet
sur les mêmes routes de désert ou de montagnes, supporté les
caprices d'un climat éprouvant, bravé des risques identiques tous
les jours : attaques de pillards, guérillas entre ethnies... sans
oublier les fièvres et les animaux sauvages !
En 1914, au moment où la guerre éclate en Europe, Rémy Lavigne
et Henry de Monfreid étaient devenus des amis et même des
associés dans des entreprises quelque peu hasardeuses en mer
Rouge.
Henry de Monfreid a évoqué brièvement le sujet dans Les Secrets
de la mer Rouge. Un témoignage manquait : celui de Rémy, son
seul ami européen. Comment se sont-ils rencontrés ? Pourquoi
sont-ils devenus ensemble des aventuriers «en herbe» ?
On le découvre dans la correspondance (une soixantaine de
lettres, un carnet de voyage, quelques photographies), récemment
retrouvée, de celui que, dans ses écrits, Henry de Monfreid
appelait «mon ami Lavigne».