Glossolalies

Albertine Benedetto questionne les mots. Les met et nous met, à travers eux, à la question au sens originel de l'expression avec ce qu'elle révèle en nous de souffrance et de cruauté - nous abritons nos crocs sous l'arche du sourire . Elle les fouille et fouille dans un même mouvement l'intime de la chair, sa douleur et sa douceur. La bouche en travail dit la soif de parole - cette fringale/ de mots cette manie de l'ouvrir toi - , mais aussi celle du silence. Elle tente d'approcher l'intraduisible - mots imprononçables ailleurs que dans l'étreinte / tout humides encore aux lèvres affolées - , se tend vers l'impossible union au monde - mais c'est la langue qui te tient/ dans le halètement des mots/ chien courant sur la trace/ museau collé à la vitre d'un train/ vers le monde - en dit la séparation, poétiquement, pathétiquement, dans une épreuve de la violence d'exister, où se disent le besoin de l'autre, l'appel à la présence.
Quelle présence
réclames-tu maintenant ?
le soir vient
et le désir terrible de se serrer contre
Entendre une autre voix
Les bruits que tous les hommes font dans leur tanière
suffisent-ils à écarter les ombres ?
Comme le silence râpe
Ton existence frottée soir après soir
est si mince
juste une peau
tambour où cogne le vide
Sommes-nous si primitifs encore
à chercher le feu se renifler et se battre ?