Franz Kafka : fables et mystifications

Après une introduction dans laquelle il analyse le phénomène
du faux en littérature, évoquant quelques glorieuses
mystifications, Josef Cermák aborde le cas de deux mystificateurs
d'inégale renommée, Michal Mares et Gustav Janouch.
Kafka était-il l'anarchiste que Mares présente dans ses souvenirs
? Josef Cermák s'attache à débusquer les inexactitudes,
les invraisemblances, les impossibilités dans les souvenirs de
Michal Mares. L'image qui se dessine est celle d'une manipulation,
volonté consciente ou inconsciente, à la fois naïve et
sincère, d'associer le grand écrivain au mouvement dont il
s'est fait le héraut.
La partie consacrée à Janouch, plus complexe, se lit comme
un roman policier : suspense, découvertes, démonstrations,
révélations. L'auteur analyse les contradictions, les mensonges
et les fables rocambolesques dans lesquels s'enferre
Janouch : embrouilles éditoriales fictives, manuscrit perdu
et retrouvé... Il montre comment Janouch concentre habilement
sa stratégie sur Max Brod, dont l'approbation est pour
lui capitale. Il relève et regroupe en «aphorismes» des déclarations
sans nuance attribuées à Kafka, sorte de gourou proférant
des vérités à la demande.
Au fil des pages, deux personnalités se dégagent, seulement
unies par leur entreprise de mystification. On perçoit aussi,
en arrière-plan, la problématique de la réception de l'oeuvre
de Kafka, avec ses enjeux idéologiques, et la douloureuse histoire
de la Tchécoslovaquie.