La cazzaria : dialogue priapique de l'Arsiccio intronato

«Si j'en crois les livres anciens ou modernes,
aucune domination acquise par la violence n'a
jamais duré longtemps ; jamais elle n'a été profitable
à ceux qui l'avaient recherchée ; elle a
toujours fini, au contraire, par engendrer une
ruine plus grande et plus subite que n'avait été
la gloire. De plus, elle ne semble pas se contenter,
en privant les hommes de toutes les prérogatives
du pouvoir, de les rendre à leur premier
état ; non, elle n'a de cesse que, les ayant
dépouillés de tous leurs biens, elle ne les ait
plongés dans la plus profonde misère. Peut-être
que si les vits s'étaient doutés de cela, ils
auraient mené une existence civile et honnête,
estimant les autres autant qu'eux-mêmes, n'inspirant
aucune jalousie, jouissant de la considération
et du respect de tous et goûtant pleinement
l'heureuse et paisible situation où les
avaient placés leur bonne fortune ou leur habileté.
Encore aujourd'hui, ils se tiendraient bien
droits, fidèles à leur réputation ; on les caresserait
et ils seraient volontiers accueillis, et fort
bien vus des cons, des culs et de toute gentille
personne, au lieu d'errer misérablement, dispersés
par le monde, exilés, haïs de tous.»
Un simple regard jeté sur la table des matières
justifiera aux yeux du lecteur intelligent l'estime
toute particulière que La Monnoye et Nodier faisaient
de ce livre singulier, d'un esprit si fin,
d'une érudition si peu commune.
Alcide Bonneau