Un protestantisme africain au XIXe siècle : l'implantation du méthodisme en Gold Coast (Ghana), 1835-1874

Cas peut-être unique à son époque, la mission méthodiste en Gold
Coast a été suscitée vers 1835 par un petit groupe de chrétiens africains
désireux de faire venir parmi eux un guide spirituel. Que ce commencement
inédit ait eu des conséquences sur les suites de l'évangélisation
n'étonnera pas : plus qu'ailleurs, les Africains estiment être les principaux
acteurs et gardiens de l'entreprise missionnaire, même si les Européens
rechignent à leur reconnaître cette primauté. L'une des caractéristiques
de la diffusion du méthodisme dans le sud de l'actuel Ghana est
donc d'avoir dû beaucoup aux acteurs africains, dont certains sont devenus
missionnaires dès les années 1840. Leurs supérieurs hiérarchiques
britanniques, quant à eux, se distinguent par leur pragmatisme plus que
par leur rigueur, doctrinale ou méthodologique - une attitude qui a pour
effet de rallier de nouveaux membres mais pas toujours de façon
durable.
Dans quel contexte et pour quelles raisons le méthodisme progresse-t-il
en nombre et gagne-t-il en influence ? Cet ouvrage se penche sur les
dynamiques à l'oeuvre dans les processus de conversion, mais aussi sur
les stratégies élaborées tant par les missionnaires que par leurs interlocuteurs.
De malentendus productifs en négociations permanentes, le
méthodisme gagne des adeptes et s'impose à une minorité comme une
alternative religieuse crédible. Les modalités de la conversion sont également
analysées, jusqu'à interroger la notion de conversion elle-même :
missionnaires et convertis n'en ont pas la même acceptation et,
d'ailleurs, tous les néophytes ne vivent pas cette expérience de façon
uniforme.
A la veille de la colonisation britannique (1874), on a bien affaire à
une nébuleuse méthodiste influente, qui s'est déjà approprié la nouvelle
religion au point d'en contester le monopole aux missionnaires européens.