Une parcelle de lumière

A vingt ans s'imagine-t-on autre que pilote d'avion, aventurier, explorateur ou roi d'une île où tout n'est que bonheur et félicité? À vingt ans, on a en soi la force d'y croire et l'énergie nécessaire. On ne baptise pas encore «expériences» ses échecs, ignorant même que le concept d'échec puisse exister. Tout est permis. Ce que l'on veut, on l'a. On l'aura.
Drapé dans mon uniforme imaginaire de Capitaine au long cours, avec ma détermination pour seule boussole, convaincu d'être désormais seul maître après Dieu de mon avenir, je fixe l'horizon et ordonne à l'équipage invisible de mon destin:
- En avant toutes, la rage au corps.
- En avant toutes, comme ce navire.
... un passager se penche par-dessus bord, son couvre-chef, une chéchia rouge vif en main. Il semble hésiter puis à mon grand étonnement, il le jette à la mer...
Un autre se fait déjà appeler «Charlie» par son compagnon de voyage et le fustige du regard à chaque oubli!
Combien d'entre nous résisteront à l'assimilation et sauront se construire dans le respect de leurs racines et celui du terreau qui les fertilisera?
Qui fera souche en Europe ou ailleurs et qui reviendra? Et dans quel état?
Et moi, qui suis-je, ou plutôt qui serai-je dans 20 ou 30 ans? Je m'accorde bien vite le droit de juger mes prochains!
En cet instant, inspiré par la parcelle de lumière qui est en moi, je fais le serment de rester moi-même. Ni abdication de mes propres valeurs, ni rejet de celles des autres. Je resterai attaché à mon pays natal et je reviendrai me ressourcer à Souk El Bélat, tous les ans, même si je devais émigrer au bout du monde...