Clavel soldat

«Depuis que nous avons lu l'extraordinaire Déposition (journal tenu par Werth caché pendant la Seconde Guerre), nous savons qu'un individu de ce calibre n'est pas du genre à se contenter de généralités militantes. Werth est allé à la guerre en volontaire, il l'a vue, il ne l'a pas aimée, il a voulu la raconter. Clavel, c'est lui.
La mobilisation, vue par Werth, ressemble étrangement à un désert: la ville est quittée comme on a quitté les familles pour rejoindre le grand troupeau. C'est un énorme processus de dévitalisation.
On entre peu à peu dans la boue des tranchées; c'est une mer immobile où les hommes se tiennent transis, gnomes hallucinés pétris de désespoirs et de souvenirs.
«Tu ne peux pas comprendre»; tout est contenu dans cette lassitude de ceux que Bernanos appela les «enfants humiliés».
Clavel-Werth enregistre, promène sur cette planète de mort le faible faisceau d'une lampe de poche. Cela ne ressemble ni au Genevoix de Ceux de Quatorze , ni aux Carnets de Jacques Rivière. C'est une sorte de voyage lent au fond de l'absurde. Le dédicataire du Petit Prince en enfer. Un grand texte.»
Michel Crépu, La Croix