Lady Chatterley et l'homme des bois : deuxième version de L'amant de lady Chatterley

D. H. Lawrence écrivit trois fois son dernier livre, L'Amant de lady
Chatterley. La troisième version, que le public connaît, est caractérisée par
sa fin optimiste : les deux amants pourront se marier puisque les obstacles
sociaux (différence de classe et de culture) apparaissent de moins en moins
infranchissables.
Lady Chatterley et l'homme des bois , la deuxième version, peut surprendre
le lecteur, qui ne reconnaîtra aucun des trois protagonistes, pas même lady
Chatterley qui est plus «femme, moins cérébrale» et qui vit avec le garde-chasse
sa première expérience véritable de l'amour. Sir Clifford est un intellectuel
un peu snob. Quant à Parkin, le garde-chasse, c'est un être
parfaitement inculte qui prête un peu à sourire avec sa petite taille et sa
grosse moustache rousse. Ce n'est qu'à la longue que «Connie» Chatterley
s'attachera à cet homme ombrageux, vulnérable, taciturne, et sera sensible
à son charme «sauvage», à sa délicatesse, à sa tendresse infinie.
Une autre différence fondamentale réside dans l'importance, le caractère
proprement «envahissant» du cadre végétal où vit Parkin : cette forêt avec
laquelle il fait corps.
Ici, «l'amour plus fort que toutes les barrières» n'est pas encore une thèse ,
mais il est un thème , amplement et chaleureusement développé, où le souffle
prodigieux de D. H. Lawrence se déploie avec une liberté souveraine.