Carnets boliviens 1999-2007 : un goût de poussière

L'Amérique latine constitue de nouveau
l'espace de projection privilégié des utopies
de la gauche européenne. Souvent assimilé au
Venezuela et à Cuba, le cas de la Bolivie présente
cependant une configuration particulière.
En articulant les thématiques indianistes à
la défense des ressources naturelles et de la
souveraineté nationale contre la dérégulation de
l'économie mondiale, il propose une expérience
originale de gouvernement : une tentative de
refondation de l'État, chargé de promouvoir la
diversité ethnique et plus seulement l'égalité
socio-économique. Cette recomposition de la
gauche est-elle viable dans les faits ? L'auteur,
sociologue engagé intellectuellement dans les
luttes sociales du pays, revient sur ses enquêtes
précédentes, consacrées aux mouvements sociaux
et aux inégalités d'accès à l'eau.
Dans ces «Carnets boliviens», il analyse
les difficultés d'un modèle socio-économique
confronté à un monde politique encore très
fermé et à une société marquée par la pauvreté
et l'exploitation. Dans les quartiers périphériques
d'El Alto, épicentre des mobilisations sociales du
pays, il découvre l'envers du décor politique :
«À défaut de schémas de parenté bien dessinés,
il reste quelques moments privilégiés [...] : les
séances photo avec des enfants du quartier, les
cours d'aymara avec leurs mères, les cérémonies
interminables et émouvantes dans l'enceinte
de l'école, l'intensité politique des assemblées
communautaires ou des réunions publiques sur la
réappropriation des ressources naturelles. Et le
plaisir, solitaire, d'un chemin de crête mille fois
parcouru, d'une route au goût de poussière dont
aucune eau ne peut étancher la soif».