L'empire des ombres vivantes

La pièce est conçue à la manière d'une allégorie poétique.
Au milieu des paraboles et des légendes mythiques, se
bousculent des ombres, des spectres, des visions entrevues
durant un songe. Tout se déroule aux pourtours des espaces
indiqués par des symbolismes particuliers : les mangroves sur
les bords des marécages et des marais d'où émergent des êtres
étranges.
La scène devrait d'ailleurs se déployer parmi les silhouettes
qui la traversent de part en part et de tous côtés. Elles
apparaissent et disparaissent, sans jamais se fixer solidement en
un endroit défini. Les paroles se répercutent à la manière des
échos insaisissables, du moins pendant les tout premiers
moments de la représentation. Elles modulent des plaintes
progressivement, jusqu'à recomposer un choeur polyphonique
qui termine la tragédie.
Ici, les rôles des principaux personnages seront confiés à
des simulacres, sous la forme imposante de masques, de
cagoules, de marionnettes géantes, ou de statues polychromes.
La structure interne de l'illusion devrait se dépouiller comme si
les interlocuteurs ne se croisaient jamais.
Il faudrait parcourir le chemin qui part de la foule informe,
du verbiage creux, des radotages futiles, avant d'aboutir au cri
de Liberté. Le théâtre comme lieu d'exorcisme, et le jeu comme
rituel de conjuration. Le principe devrait pouvoir s'imposer à la
mémoire, de manière à circonscrire la ruse du destin.
Il reste pour nous l'espoir que, plus jamais, les Fils des
hommes ne soient écrasés par les despotismes des monstres
sanguinaires, des partis iniques. Jusqu'à ce que la Liberté
saisisse les hommes vaillants aux chevilles et les mène à
l'immortalité.