Artisan pilote

C'est un immense Touareg, très impressionnant, sérieux
comme tout, et qui, très théâtralement, me dévisage. Pas
un mot, pas un sourire. Tout à coup il sort de je ne sais
pas où un sabre immense et le tend devant lui.
- Merde, j'ai fait une connerie ?
Je n'en mène pas large, que me veut-il ? Derrière lui, les
enfants s'agitent, mais beaucoup ont un immense sourire,
ce qui est rassurant. L'hélice bipale du moteur gauche est
à l'horizontale et je suis négligemment accoudé sur la
pale intérieure, en fait réfugié derrière.
- Tu es le nouveau ?
Les nouvelles vont vite, je suis sidéré.
- Oui
- Je veux échanger avec toi.
Il s'approche et très solennellement pose sa main sur la
pale de l'hélice, puis il me tend son sabre, coté lame. Un
peu estomaqué, j'hésite puis franchement je pose ma
main sur la lame comme il l'a fait avec ma pale.
Alors je vois un de ces immenses sourires qui vous
donnent confiance dans l'humanité et rejettent au loin
toutes les âneries qu'on peut dire sur les hommes et ce
qu'ils sont réellement. Il rengaine son sabre, je ne
rengaine pas ma pale, il s'approche encore et me touche
la main, comme le font tous les Africains que j'ai vus
depuis une semaine que je suis là.
- Tu peux revenir souvent, ce sera bonne arrivée !