Oeuvres philosophiques

Morelly fut inconnu de ses contemporains, et l'est resté pour la postérité.
Il se serait appelé Étienne-Gabriel Morelly. Sa naissance se situerait à Paris vers
1717-1718 et il semblerait qu'il ait vécu dans la nébuleuse littéraire entourant le prince de
Conti.
Il est l'auteur du Code de la Nature , paru en janvier 1755. À sa publication,
l'abbé Raynal, puis Grimm, s'accordent pour l'éreinter. Seul, le marquis d'Argenson le met
au-dessus de L'Esprit des Lois de Montesquieu et en fait l'éloge. Le Code de la Nature fut
attribué à Diderot jusqu'au début du XXème siècle, étant inclus dans ses OEuvres complètes
éditées en 1773. À la veille de la Révolution, ce livre est avant tout considéré comme un
ouvrage impie, «philosophique». Avec «l'affaire Babeuf» en 1797, le Code accède ensuite
au rang de «grand livre socialiste du XVIIIème siècle», Morelly y définissant la propriété
comme «le plus grand des maux matériels» et l'ahurissant projet de Constitution qu'il
contient le consacrant comme tel. Il connait cinq éditions de 1754 à 1773, trois éditions
au XIXème siècle et une dizaine au XXème : en France, en Allemagne de l'Est, en Russie,
en Yougoslavie, en Italie. Aujourd'hui le Code , qui n'a pas été réédité depuis le début des
années cinquante, représente pour nous un extraordinaire condensé des thèmes et idées
des Lumières, ce qui pourrait expliquer ses diverses attributions passées.
Les autres oeuvres de Morelly, non rééditées depuis leur première publication,
possèdent a posteriori la rare vertu de nous replonger avec une immédiateté et une
fraîcheur incroyables dans l'esprit révolutionnaire du temps, à travers les écrits du plus
méconnu (avec Anacharsis Cloots) de ceux qui contribuèrent hautement à ce mouvement
philosophique du XVIIIème siècle dont nous sommes aujourd'hui encore les héritiers.
Voici donc, regroupées pour la première fois au monde, les oeuvres philosophiques
de Monsieur Morelly, «l'Inconnu des Lumières».
«Je n'ai pas la témérité de prétendre réformer le genre humain, mais assez de
courage pour dire la vérité, sans me soucier des criailleries de ceux qui la redoutent parce
qu'ils ont intérêt de tromper notre espèce ou de la laisser dans des erreurs dont ils sont
eux-mêmes les dupes.»
Morelly