Psychanalyse, n° 21

Le principe d'une psychanalyse laïque (ou profane) va au-delà de la
volonté affirmée par Freud en 1926 de ne pas réserver la psychanalyse
aux seuls médecins. Il récuse en effet l'idée qu'un diplôme, quel qu'il
soit, serait une condition nécessaire, voire pour certains suffisante, dans
la production d'un analyste. Ce principe va à l'encontre d'un mode de
pensée dominant selon lequel l'évaluation par de supposés experts est le
critère incontournable de la civilisation. Pourtant, sans faire de l'artiste
ou de l'écrivain les paradigmes de ce qui échappe à une telle conception,
ne faut-il pas s'interroger sur ce qui fait la valeur d'un psychanalyste, à
savoir qu'elle tient à ne pas être une valeur marchande, transformable
en fétiche ?
De la même façon que Dieu, avant qu'il soit question de son existence,
est une invention humaine, un psychanalyste est le produit de sa propre
invention, telle qu'elle est rendue possible par l'expérience freudienne
de la cure. Prétendre pouvoir le nommer tel relève de l'acte de foi qui
affirme l'existence de Dieu ou de l'attestation qui certifie qu'un tel est
médecin, psychologue ou électricien. C'est rechercher, dans un ordre
juridico-religieux, une garantie qui peut avoir circonstanciellement ses
raisons, mais la psychanalyse, en tant que laïque, a pour fin de pouvoir
et devoir s'en passer, ce qui pose le problème d'une probation non inféodée
aux fonctionnaires de l'Autre.