Platon : héritier de Protagoras : un dialogue sur les fondements de la démocratie

Tradition de la pensée classique
Protagoras est un sophiste, les sophistes sont
les ennemis de Platon, donc Protagoras est un ennemi
de Platon. La conclusion de ce syllogisme appelle
cependant quelques nuances. Protagoras est en effet
pour Platon une figure exemplaire, un adversaire dont
il doit exposer les théories dans toute leur cohérence
afin de pouvoir les réfuter sérieusement. Ce livre s'inscrit
donc dans la thématique classique de l'opposition entre
philosophie et sophistique. Mais en se limitant à l'examen
de la notion de mesure sous ses divers aspects, il révèle
le véritable enjeu du débat entre Platon et Protagoras :
la démocratie. Car, avec son affirmation que « l'homme
est la mesure de toutes choses », Protagoras incarne
la démocratie, ses principes et ses valeurs. Chez lui, elle
n'est pas seulement un régime politique, c'est un modèle
théorique s'étendant à de multiples domaines et
conduisant à poser des questions difficiles à contourner.
Sur quel critère fonder la mesure ? Comment concevoir
rapport entre compétence technique et savoir ? Quel rôle
accorder au langage dans l'éducation ? Que devient
l'identité du sujet au cours du processus de mémoire ?
Qu'est-ce qui garantit l'unité de la cité ?
Toutes les réponses « démocratiques » apportées par
Protagoras à ces questions ont lancé à Platon des défis
qu'il ne pouvait pas ne pas relever. En faire un inventaire
précis montre contre quoi il a élaboré sa propre
conception de la mesure, du savoir efficace,
de l'éducation, du bon et de l'utile, de l'unité politique
et de l'anthropologie sur laquelle elle se fonde. C'est donc
comprendre ce que Platon doit à Protagoras.