Economie politique (L'), n° 69. Une économie écologique est-elle possible ?

«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.» Ce constat
d'impuissance du président Jacques Chirac à Johannesburg,
en 2002, n'avait plus cours à Paris en décembre 2015. Le
texte signé par les 193 pays présents à la COP21 prouve que
les consciences se sont réveillées. Reste à mettre les actes
en accord avec les bonnes intentions. Ce ne sera pas facile.
Au moins la lutte contre le changement climatique peut-elle
s'appuyer sur une métrique apparemment simple - l'«équivalent
CO<sub>2</sub>» - et sur des objectifs quantifiables. Cette métrique
se coule aussi dans le langage économique : il est possible de
traduire les émissions de gaz à effet de serre en termes monétaires,
même si les outils permettant d'assigner une valeur au
carbone font débat entre les économistes. C'est autrement
complexe quand il s'agit de préserver la biodiversité, l'autre
grande crise écologique globale causée par nos modes de vie.
La complexité du vivant résiste à la logique du marché.
Contrairement à l'économie de l'environnement, pour laquelle
il faut faire entrer la nature dans le système de prix pour la
sauvegarder, l'économie écologique renverse la perspective :
la sphère économique ne peut prétendre englober l'environnement,
au contraire, c'est elle qui est, de fait, insérée dans la
biosphère. Comment produire dans les limites de la planète ?
Comment préserver les écosystèmes et les services qu'ils
apportent ? Dans quels cas les instruments économiques sont-ils
pertinents ? Quels rapports de pouvoir sous-tendent les
conflits environnementaux ? Les économistes écologiques ne
livrent pas de solution «clés en main», mais ils instruisent le
débat. Un pas vers une «démocratie écologique». S. M.