Egalité des hommes et des femmes. Grief des dames

Comme le montre Séverine Auffret dans sa préface, «Marie
Le Jars de Gournay ne fut pas seulement l'amie ambiguë de
Montaigne, le satellite d'un astre. Elle fut avant tout une
femme libre».
Si la «fille d'alliance» a succédé à La Boétie, le «frère
d'alliance» trop tôt disparu, l'intense relation de Marie avec
l'auteur des Essais sera elle aussi très brève, puisqu'ils ne
partageront que quelques semaines au château de Gournay.
Marie restera fidèle à Michel de Montaigne, mort quatre
ans après cette mémorable rencontre, en veillant aux éditions
posthumes des Essais. Mais surtout, on le verra dans l' Égalité
des hommes et des femmes , publié la première fois en 1622,
elle se construira elle-même comme femme indépendante,
créatrice et pensante.
C'est en puisant à deux sources principales - les hautes
figures de l'Antiquité et la Bible - que Marie défend avec
bonheur sa thèse : les femmes ne sont ni inférieures aux
hommes, ni «supérieures», comme le prétendent quelques
sophistes des deux sexes, mais tout simplement leurs égales,
quoique différentes.
Publié quatre ans plus tard, le Grief des Dames , petit texte
franchement polémique, soustrait définitivement les femmes
à «la quenouille», en établissant l'état de femme de lettres.