En finir avec les bidonvilles : immigration et politique du logement dans la France des Trente Glorieuses

En finir avec les bidonvilles
La résorption des bidonvilles est l'une des grandes questions sociales
de la France des années 1960-1970. Question urbaine, à l'heure où se
façonnent les banlieues modernes et où s'estompe la crise du logement.
Question d'immigration aussi, les bidonvilles étant à 80 % peuplés par
les travailleurs immigrés qu'attire la croissance des Trente Glorieuses.
Les premiers viennent d'Algérie, et c'est dans l'urgence de la décolonisation
qu'est lancé, par l'État, le premier plan de résorption et de relogement
en 1959. D'autres suivent, longtemps impuissants à enrayer l'« épidémie »,
mais finissant par en venir à bout dans un climat de scandale national.
Cette politique n'a jamais été étudiée. Du « temps de Nanterre », phase
coloniale ciblant les bidonvilles algériens, au « temps de Champigny »,
où se croisent enjeux humanitaires et urbanistiques, ce livre propose de
suivre le cas emblématique de la région parisienne, au fil de deux décennies
de résistances et d'enlisement, mais aussi de colère et d'engagements.
Le climat politisé d'après-Mai 68 impose finalement d'« en finir avec les
bidonvilles », selon les termes du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas.
Derrière le volontarisme de l'action publique dans le domaine de l'habitat
insalubre et précaire et l'émergence d'un mouvement associatif en soutien aux
immigrés, le principal enjeu demeure la place faite aux immigrés dans la société
urbaine contemporaine. Cette histoire interroge le devenir des ségrégations
et permet de comprendre comment les questions d'habitat et de logement,
encore peu sensibles avant-guerre, sont devenues décisives dans l'émergence
d'un nouveau « problème de l'immigration » au cours des années 1970.