De la narrativité en peinture : essai sur la figuration libre et sur la figuration en général

«L'art contemporain», dans sa phase actuelle officielle et
marchande, nous masque l'un des plus fameux mouvements l'ayant
précédé : la Figuration Narrative. Ainsi dénommée par le critique Gérald
Gassiot-Talabot quand elle apparut dans les années 60, cette peinture
figurative entama une critique acerbe de certains aspects de la société :
l'argent, la violence, la consommation, la domination par les médias...
Avec ses moyens propres, elle appuyait son discours sur une analyse fine
de l'image , en relation avec les imageries alors en expansion, celles de
la publicité, de la BD ou du cinéma. Démystificatrice, engagée, se
référant aux dernières avancées des sciences humaines, la Figuration
Narrative explorait alors les processus de passage de la signification
d'un signe à un autre et, par la même occasion, redécouvrait la rhétorique
des figures plastiques traduisibles en expressions langagières.
C'est avec les outils de la sémiologie et de la narratologie que ce
mouvement est ici revisité, afin de lui restituer sa place incomparable dans
l'histoire de l'art. Il est évident que le but d'une telle recherche est aussi
de conforter la peinture, si peu servie aujourd'hui par les musées ou la
presse spécialisée, sur sa possibilité de se rendre «lisible» - sa
narrativité - de même que sur sa capacité à participer pleinement aux
débats idéologiques, politiques et évidemment esthétiques.