Bons baisers du Goulag : secrets de famille

«Dis, grand-mère, c'est grave, d'être russe ? - Mon petit, les
Russes ne sont pas méchants, me répondait ma grand-mère de
Moscou. Juste un peu sauvages.» Ces paroles me sont restées
dans la mémoire comme les ritournelles qu'on apprend à sept ans.
Soixante ans plus tard, tel le saumon, j'ai éprouvé le besoin
impérieux de remonter la rivière. J'ai alors plongé, au coeur de
la mer Blanche, dans la beauté mortelle de l'archipel du goulag ;
là où, pour les besoins de la propagande soviétique, on a fait
danser des femmes déportées dans des robes à fleurs de fusillées
et où le visiteur aurait pu signer une carte postale avec ces mots :
«Bons baisers du goulag.»
La Russie soviétique venait d'éclater comme une grenade trop
mûre et je croyais ouvrir un album de famille, embaumé de
l'encens de la cathédrale russe de la rue Daru et du parfum des
desserts d'Anouchka, ma mère. Parti sur les traces évanouies de
mes ancêtres, je me suis gorgé des couleurs du Moscou des
tsars, j'ai vagabondé dans les grandes plaines de la Baltique
derrière les corps-francs de la vieille Prusse et les Partisans à
l'étoile rouge, j'ai croisé les bourreaux en chemise brune et
reconnu les miens parmi leurs victimes, je me suis fait ouvrir les
tiroirs du KGB et j'ai découvert de surprenants secrets de
famille.
Des années de quête pour faire surgir un siècle d'histoire européenne,
un grand-père chargé de mystère, des rescapés bien
vivants, et trouver au bout de la nuit la joie de vivre et d'espérer.