Formes et difformités médiévales : hommage à Claude Lecouteux

Les formes régulières et
symétriques, l'équilibre
et la mesure étaient
connotés positivement au
Moyen Âge ; on les considérait
comme un signe du
divin et l'effet des bonnes
actions accomplies par
le lignage. Il semblait
dangereux, voire néfaste,
qu'un être humain puisse
s'affranchir de la norme. Par ailleurs, tout physique inhabituel ou toute
marque singulière était censé être le témoignage d'un pouvoir spécifique,
et les êtres qui portaient ces (in)signes paraissaient relever d'un autre
ordre, mystérieux et inquiétant. La dissymétrie et la difformité, par conséquence,
semblaient une punition divine, un don suspect, une malédiction
diabolique se transmettant de génération en génération comme preuve
d'une antique trahison familiale dissimulée, d'actes inavouables ou de
mauvaise pensées. Les croyances et la religion du peuple, les légendes,
les mythes dans les récits et dans les arts, plus quelques savants nourris
de l'Écriture sainte et de divers grimoires proposèrent naturellement
des explications, qui furent la source de représentations effrayantes,
engendrant elles-mêmes, dans une accélération de l'étrange où l'homme
trouve sa vérité, de nouvelles images plus diaboliques encore.
Au-delà du Moyen Âge, ce livre explore encore d'autres époques et montre
la continuité des peurs humaines face à celui qui ne «me» ressemble pas.