Durkheim fut-il durkheimien ? : actes du colloque organisé par l'Académie des sciences morales et politiques à l'occasion de la naissance d'Emile Durckheim (4-5 novembre 2008)

«Durkheim fut-il durkheimien ?» La question, que pose Raymond
Boudon en conclusion du colloque organisé par l'Académie des
Sciences morales et politiques à l'occasion du 150<sup>e</sup> anniversaire de
la naissance de Durkheim, a de quoi surprendre. Il s'en explique ainsi : «Je me
suis souvent demandé quels principes régissaient l'interprétation des textes. À
première vue, le cas des textes scientifiques paraît plus simple que celui des textes
littéraires. Mais, à tout prendre, je n'en suis pas si sûr et je me sens parfois déconcerté
par l'assurance avec laquelle les commentateurs donnent à croire que leurs
interprétations présentent la pensée de tel auteur telle qu'elle est supposant par
là qu'il est aussi facile de décrire une pensée qu'une chaise ou une pipe.»
Si Durkheim et Max Weber, les deux fondateurs de la sociologie, n'ont jamais
connu une audience comparable à celle de Marx ou Freud, c'est sans doute que
leurs pensées étaient moins aisément susceptibles d'être caricaturées, même
si elles le furent. Ainsi on peut s'interroger pour savoir si Durkheim se serait
reconnu dans les assertions de certains de ses lecteurs qui assignent à sa pensée
un strict «causalisme».
Les deux pères de la sociologie moderne offrent des outils bien plus subtils pour
l'analyse des sociétés et des relations entre l'individu et la société. Mais comme
c'est le cas de beaucoup de pionniers, ils ont exprimé leurs intuitions novatrices
d'une façon qui passe parfois pour incertaine aux yeux du lecteur moderne.
C'est donc à une (re)lecture attentive de l'oeuvre de Durkheim - ou mieux, des
oeuvres de Durkheim - que Raymond Boudon a invité 12 universitaires français
et étrangers afin de tenter de retrouver la vigueur, la justesse et le caractère
novateur de sa pensée.