Les chambres de jour

On rêve nos histoires. Leurs fins plus encore que leurs
commencements. On imagine. On invente des motifs. On
recrée le monde autour d'une certitude (comme Braque appelait
l'élément de «vrai» collé sur la toile). Un point de départ, un petit
morceau de réalité pour soutenir le rêve, dit Nancy Houston. Par exemples
une Ophélie qui revient à la vie en retrouvant le nom des
fleurs ; des enfants qui bourdonnent autour d'une femme
couchée ; des rideaux épinglés dans l'attente d'un fil incertain,
un arbre fossilisé au fond du lac, une cheville cassée dans les
trolles d'Europe.
Des chambres et des chambres d'hôtel ou d'hôpital. Et plus
secrètes encore, celles où se joue, dans le rouge mais obscurément,
l'autre scène.
On brode nos amours en italique. On touche nos morts
dans l'odeur vivante des chrysanthèmes. On retouche notre histoire
pour qu'elle ressemble un peu plus à son modèle : notre
désir.
On se tient dans l'écart entre imaginaire et réalité.