Au nom de la mère et du fils

Pour la mère et le fils, le temps
s'arrêtait dans la réalité de l'instant.
Jamais je ne m'étais senti lié à cet
autre moi-même par un fil plus
mince, comme si, à chaque
seconde, ce fil pouvait se rompre. C'est une chose
extraordinaire que de se survivre et j'eus conscience
que j'allais devoir le faire, que désormais rien ne serait
jamais plus comme avant. Je vis dans les yeux de cette
femme qu'elle était déjà dans la mort et toute une vie
passa dans cet échange de regards. Les images que
j'avais gardées de nous deux et même les impressions
anciennes confusément ressuscitées à travers l'instant,
enrichissaient l'intensité de notre présent et la
désespérance de notre avenir. Je me sentis glisser vers
la solitude, le détachement des choses et des êtres.
Tout ce qui me restait de force se rassemblait dans
l'événement que j'étais en train de vivre, dans
l'accélération du temps, dans la frayeur
de l'inexorable.