Le deuil n'est pas une fin : réapprendre à vivre

Le 9 septembre 1996, mon fils a été poignardé en plein centre ville, à Marseille,
à midi, le jour de la rentrée des classes. Il est mort dans une rue qui porte
désormais son nom.
La plupart des drames nous surprennent dans un état de torpeur psychique
et sociale. Nous nous sommes habitués au bonheur, devenu état naturel, état
d'équilibre ; presque un dû !
Il y a beaucoup de victimes.
Pour certains d'entre nous, c'est l'effondrement des remparts de l'esprit et le
tremblement de la terre qui nous porte. La dépression est la suite logique, la
déchéance peut suivre, entraînant famille et vie de relation dans une spirale
destructrice.
Pour quelques-uns, dont j'ai la chance de faire partie, nos défenses naturelles
sont restées efficaces. Nous étions prêts à survivre psychologiquement, au-delà
de la perte brutale d'un enfant, au-delà d'autres violations de notre intégrité.
Il y a des exemples célèbres de résistance au malheur, il faut s'en inspirer.
Le combat contre la cause mortelle, identifié comme telle, devient le fil
conducteur de la vie à continuer. Le devoir de mémoire reste brandi comme
un fanion. L'énergie vitale irrigue alors notre cerveau. Il y a, cependant, des
dangers qui nous mettent en péril : la haine, l'exaltation et la vanité d'une
certaine victoire sur l'adversité.
J'ai eu envie d'étudier les fondations d'une solidité psychologique héritée de
mon éducation, les motifs de mes actions et les mécanismes qui ont permis
une certaine résilience dont je suis le premier surpris. J'ai eu la chance
d'une préparation spirituelle et philosophique inespérée, dont je ne suis pas
responsable, mais que j'ai su retailler à ma dimension citoyenne.
Il est possible de tirer un enseignement du malheur et une méthode pour
continuer à produire de l'harmonie autour de nous. Au nom de celui que l'on
aime toujours autant et qui mérite, justement, cet hommage constructif !