Eloge de la trahison : notes du traducteur

La traduction littéraire est certainement un travail de chartreux, contraignant parfois à une existence de carmélite. Mais il faut bien avouer que le métier de traducteur a quelque chose d'interlope. Un faux air déplaisant : apache de l'édition, voyou de la littérature... Pour s'y lancer, s'y attacher, et s'y tenir, pour l'exercer en somme, il faut donc avoir chevillé au corps le goût de traduire.
Traduire, c'est partir à l'aventure. La traduction ouvre à la découverte d'un paysage mental particulièrement parlant aux uns, mais risquant d'en laisser d'autres désorientés. Désorientés devant de nouvelles voies ouvertes inopinément à la réflexion - traverses, raccourcis, clairières lumineuses, pistes complexes aux discrètes balises, fragiles passerelles oscillant au dessus d'on ne sait quel vide. Si n'importe quel texte devient Pierre de Rosette, c'est celle d'une langue inexistante. Son décryptage ne livre pas de secret définitif - pas d'autre secret que celui du plaisir.