J'irai cracher sur vos tombes

Si vous le lisez avec l'espoir de trouver
dans J'irai cracher sur vos tombes
quelque chose capable de mettre vos
sens en feu, vous allez drôlement être
déçu. Si vous le lisez pour y retrouver
la petite musique de Vian, vous l'y
trouverez. Il n'y a pas beaucoup
d'écrits de Vian dont il ne suffit de
lire trois lignes anonymes pour dire
tout de suite : «Tiens, c'est de Vian !»
Ils ne sont pas nombreux, les écrivains
dont on puisse en dire autant.
Ce sont généralement ces écrivains-là
qui ont les lecteurs les plus fidèles, les
plus passionnés, parce qu'en les
lisant, on les entend parler. Lire Vian,
lire Léautaud, lire la correspondance
de Flaubert, c'est vraiment être avec
eux. Ils ne truquent pas, ils ne se
déguisent pas. Ils sont tout entiers
dans ce qu'ils écrivent. Ça ne se pardonne
pas ça. Vian a été condamné.
Flaubert a été condamné...
Delfeil de Ton
Charlie-Hebdo, 1973