Le sens de l'Holocauste : jouissance et sacrifice

Si ce livre aborde l'Holocauste par le biais de
la logique du sacrifice, c'est pour interroger ce
que la psychanalyse peut nous permettre de dire
du sacrifice comme moyen de fondation d'une
communauté humaine.
En voulant éliminer les Juifs, Hitler et le peuple
allemand cherchaient bien à s'amputer d'une
part originaire de leur être, en rapport avec
une jouissance interdite. Malgré son caractère
apparent d'opération technique, la destruction
des Juifs visait à flatter une obscure Providence
dont, en échange, un signe d'élection était attendu.
Pour Serge André, philosémitisme et antisémitisme sont à ranger dans le même
sac d'aveuglements qui nous empêchent de réaliser ce qu'il y a de radicalement
autre dans la dimension de la question que pose à notre univers, l'existence
et la persistance du peuple juif. «À cause des Juifs», nous ne pouvons être
«unis vers» - vers quoi ? Peu importe le terme que l'on placera ici comme
désignant un but idéal. Disons : unis vers l'Un.
La psychanalyse pourrait bien être, non pas l'explication du judaïsme, mais ce
qui vient en prendre le relais ou ce qui vient en relancer la tradition dans notre
monde contemporain, alors que les Juifs eux-mêmes sont devenus ignorants
de ladite tradition, et que les chrétiens la récupèrent en la déformant, en lui
donnant la forme du symptôme obsessionnel collectif qu'est la religion.