Psychanalyse et humanisme : manifeste contre les impostures de la pensée dominante

Les conséquences dévastatrices d'une mutation globale et planétaire qui encourage
le quantitatif, l'évaluable, le simple, le visible, le consommable, le rentable, le rapide,
le matériel apparaissent évidentes dans tous les champs où l'humanité déploie
ses activités, souvent créatrices : politiques, économiques, sociales, culturelles,
sanitaires. La question posée à la psychanalyse est celle de l'impact de ces mutations
sur la construction identitaire de la personne, des effets de l'ultralibéralisme et de
la technologisation des échanges sur la clinique de sujets anonymisés et incarcérés
dans un nouvel ordre symbolique : contrôle social et formatage des individus,
de leurs comportements et, plus grave encore, de leurs fonctionnements.
La déshumanisation est en marche. Les "psychistes", tous ceux qui veillent
au développement, à l'accompagnement ou à la restauration du psychisme
humain, ne peuvent accepter passivement ce processus de désubjectivation et de
dépersonnalisation, pas plus qu'un monde absurde et monstrueux, où l'homme
serait réduit à un misérable petit tas de neurones, à une alchimie d'acides aminés
ou à d'improbables circuits bio-électriques, c'est-à-dire à une chimère scientiste.
Il faut donc entrer en résistance - je n'emploie pas ce mot par hasard. L'objet
de ce livre est de dénoncer ces impostures et d'affirmer que la psychanalyse peut
et doit être un des points d'ancrage de ce mouvement de défense des références
originaires et fondamentales de l'humain.