Lignes de front : bande dessinée et totalitarisme

Dans un monde médiatisé où la
culture écrite et la tradition de
l'humanisme se fragilisent, l'actualité des sciences humaines
est brûlante. Fortes de leur héritage historique, elles doivent
contribuer aux débats d'aujourd'hui pour penser les défis de
demain. Depuis 2007, la nouvelle collection des Éditions Georg,
«L'équinoxe», a pour vocation d'accueillir des ouvrages
inédits dans le domaine étendu et interdisciplinaire des sciences
humaines (anthropologie, droit, géographie humaine, histoire,
littérature, philosophie, politologie, sémiologie, sociologie, etc.).
Autour des problématiques actuelles que forgent ces disciplines
dans le cadre de la recherche vivante à l'université et ailleurs,
«L'équinoxe» est une bibliothèque ouverte à des objets
originaux. Les ouvrages édités illustrent les interrogations,
les problématiques, les dimensions et les enjeux actuels des
sciences humaines qui aident à évaluer la complexité du monde,
à en décrypter les mythologies, à en questionner la culture,
l'imaginaire et les représentations. Après Victimes au féminin,
Lignes de front , huitième volume de la collection, s'attaque au
traitement du totalitarisme dans la bande dessinée.
La bande dessinée, à l'instar des autres arts, s'imprègne
en permanence des secousses qui bouleversent la marche
du temps. En tant qu'événements majeurs de l'histoire
des nations et des peuples, les guerres et les totalitarismes,
deux phénomènes souvent liés par des relations de cause
à effet, se trouvent naturellement présents dans l'univers
bédéistique. Il convenait donc d'interroger ce médium qui
a toujours fait la part belle aux aventures guerrières en le
considérant pour ce qu'il est vraiment : un témoin privilégié
de son temps qui, en dépit d'avoir nourri l'imaginaire
de millions d'enfants de 7 à 77 ans, reste trop souvent un
objet d'étude à la marge de l'Histoire.
Les seize chapitres qui composent ces Lignes de front ,
de par l'aire géographique qu'ils couvrent (Afghanistan,
Allemagne, Espagne, États-Unis, France, Irak, Italie,
Portugal, Royaume-Uni, Russie, Vietnam), la période historique
qu'ils embrassent (le grand XX<sup>e</sup> siècle et le début
du XXI<sup>e</sup>) et les oeuvres et les artistes sur lesquels reposent
leurs propos (Tardi, Hergé, Joe Sacco, Emmanuel Guibert,
Carlos Giménez, Milton Caniff, Felipe H. Cava, etc.),
illustrent les différentes tendances graphiques, esthétiques
et idéologiques qui parcourent cet art depuis plus d'un
siècle. En parallèle à cette histoire d'un art, c'est bien toute
l'histoire d'un siècle qui se déroule, un siècle que d'aucuns
ont justement qualifié d'âge des extrêmes.