Le Christ à ciel ouvert

Le Christ à ciel ouvert

Le Christ à ciel ouvert
Éditeur: Age d'homme
2003109 pagesISBN 9782825117446
Format: PocheLangue : Français

En quoi «à ciel ouvert» ? Et d'abord ceci : que ce qui caractérise avant tout le

Christ, c'est sa résurrection. Autrement dit, un retournement radical de l'ordre dit

«naturel». Ce n'est plus en effet la mort qui succède à la vie, mais l'inverse. Or, ce

retournement marque et éclaire chacune des paroles du Christ («les premiers

seront les derniers»), comme chacun de ses actes (c'est lui qui lave les pieds de

ses compagnons, et non le contraire). Quelle plus grande ouverture que ce retournement

?

Second point. Le Christ commence sa «vie publique» au désert où, à Satan

qui lui offre tous les avantages de la puissance en ce monde, il répond par trois fois

non. Car la puissance, il le sait, c'est l'écrasement de l'autre. Sa clé de voûte ; le

meurtre. A quoi le Christ oppose l'énergie de l'amour qui, elle, libère au lieu d'asservir.

Et en fonction de laquelle le Christ lui-même, plutôt que de tuer l'autre, a

accepté d'être tué pour que l'autre, précisément, puisse accéder à une relation plus

intime avec Dieu. Il est, de ce point de vue, l'essence de l'anti-meurtre en même

temps qu'une infinie ouverture à l'autre.

Troisième ouverture. A l'ancienne Alliance des Juifs - celle de Yahvé avec une

communauté humaine : Israël, en l'occurrence, le «peuple élu» - il substitue une

Alliance nouvelle : celle de Dieu, non plus donc avec une communauté humaine

quelconque, mais avec chaque être humain en particulier, sans acception de race,

de nation, de classe - conférant par là même à la personne humaine son caractère

unique, à la fois, et sacré.

Hölderlin, dans un vers mémorable, a dit que, pour nous autres hommes, «tout

commence ici bas, et s'achève ailleurs». Exactement ce qu'a révélé le Christ. Il y a

le royaume de ce monde (inscrit dans l'espace/temps) ; et il y a, invisible, le «royaume

des Cieux» - en nous - (soustrait à l'espace/temps), notre destination finale.

Notre patrie première si on ose dire. Bref, il en résulte que notre vie sur terre n'est

pas une fin en soi, un séjour fermé. Mais un commencement. Une ouverture elle

aussi à l'illimité.

Il est capital enfin de noter que le Christ ne nous oblige ne rien à croire à ce qu'il

dit. Il nous laisse libres d'adhérer ou de récuser ce qu'il propose (et qu'il a vécu). De

même qu'il est l'essence de l'anti-meurtre, il est, contrairement à l'Institution, l'essence

même de la liberté. Car ce qu'il est venu apporter aux hommes, ce n'est pas

la connaissance, suspecte de pouvoir toujours et de sécurisation, mais la confiance.

Et qu'est-ce que la confiance, sinon le don entier de soi à cela dont on n'a pas

de preuves ? Un saut dans l'abîme. Une totale prise de risque. Qu'y a-t-il donc de

plus «à ciel ouvert» que cette confiance ? Dont certains aujourd'hui, et pour cause,

ont une secrète nostalgie. Tant il est vrai qu'«heureux ceux qui ont cru sans avoir

vu».

G. H.

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