La sortie au jour

Le divertissement protège les uns de Dieu, les autres du néant. Entre le bar
où il vivote et les compétitions de tarot auxquelles il lui arrive de participer,
le narrateur de ce journal revient, au fil des jours, sur la disparition de sa
compagne, neuf ans après le drame. Arrachée aux tréfonds de l'oubli et de
l'abjection de soi, posture et imposture, sa langue fouille l'horreur, hurle,
éructe, se fait hirsute et parfois trouve en son vortex le fragile équilibre d'un
retour à soi. Ainsi, passé par une mémoration suffocante, presque sans issue,
il semble reprendre son souffle, comme un mineur qui remonte à l'air libre
ou comme une créature osirienne qui a enfin traversé le royaume des morts.
Après La Soif du domaine (Gallimard, 1982), cette chronique, achevée en
1996, demeurait dans le retrait ironique de son titre, comme si le danger de
tout écrire n'était pas écarté.