Nuit majeure

Origine et fin de toute chose, la Nuit est aussi l'espace où l'être se recrée en son intérieure unité, le lieu à l'épreuve du temps où l'esprit - enfin affranchi de l'acte et de la matière - évolue librement à même le souffle des genèses. «Nuit majeure» est le poème de cette ténèbre essentielle aujourd'hui menacée par l'invasion du BLANC, lumière artificielle et permanente dont notre siècle se sert pour effacer en l'homme l'individualité capable d'absolu. Le mythe du labyrinthe - qui symbolise la Nuit créatrice dont l'aire de plus en plus se réduit - incarne la lutte présente du spirituel (le Minotaure, dieu devenu monstre, puis simple absence) et du temporel (Thésée-l'homme-quotidien) qui, triomphant, ignore qu'il se tue lui-même. Du point de vue formel, «Nuit majeure» s'efforce d'exprimer cette altération des zones nocturnes de l'âme grâce à la désagrégation progressive des techniques d'écriture mises en œuvre, le poème se déployant du chant au silence, du noir majeur au blanc délébile.