Guerre(s)

Depuis l'époque où les artistes dépeignaient des scènes de batailles grandioses et héroïques,
la guerre a fondamentalement changé de nature : des combats entre guerriers, on est passé
à une industrie guerrière, source de profits sans fin, qui se prétend aujourd'hui «propre»,
«chirurgicale», et même parfois «humanitaire». Mais ses «dégâts collatéraux» sont plus
accablants que jamais : les victimes de ces massacres modernes sont désormais essentiellement
des civils.
Comment représenter un tel cynisme par le langage de l'art ?
A la différence des images de reportage, qui témoignent souvent de la violence extérieure
de la guerre par un réalisme spectaculaire - auquel le public, comme «désensibilisé», s'est
pourtant résigné -, le dessin de Martial Leiter donne à voir l'horreur de la guerre moderne
en deux perspectives complémentaires : avec le scalpel d'une ironie noire dans ses dessins
polémiques destinés à la presse et, dans des oeuvres d'un trait plus jeté et pictural, par un
théâtre d'ombres tragiques qui reflète «de l'intérieur» ces dévastations sans nom.