Journal d'un poète

Sergueï Essenine (1895-1925), élevé dans les traditions de la
vieille Russie des paysans de Riazan et des vieux croyants
dissidents de l'orthodoxie, a été de son temps - fertile en
poètes pourtant -, le poète le plus populaire de Russie.
Rebelle dans l'âme, fou de poésie, la rage de vivre au coeur, il
mit tout son espoir en la révolution pour apporter aux humbles
le bonheur ; mais très vite il déchanta au spectacle des tueries
et des ravages causés à sa campagne bien-aimée.
Écartelé, s'estimant trop vieux, à trente ans, pour
«comprendre», et considérant avec l'Ecclésiaste que tout est
égal sous le soleil, il se suicida à Saint-Pétersbourg où il avait
connu de brillants débuts.
Pasternak disait de lui : «Depuis Koltsov, la littérature russe
n'a rien produit de plus authentique, de plus naturel, de plus
opportun, de plus ancré dans nos traditions, que Sergueï
Essenine... Essenine traita sa vie comme un conte fantastique.
Il traversa l'océan sur un loup gris comme Ivan-tsarevitch et
comme l'Oiseau de feu, attrapa par la livrée Isadora Duncan.
En composant ses vers, il use encore des procédés du conte,
tantôt disposant les mots comme les cartes d'un jeu de
patience, tantôt les gravant avec le sang de son coeur.»