En ce lieu enchanté

La dame n'a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit,
on entend le vent dans les arbres et l'eau qui éclabousse le trottoir.
On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du
rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que, dans ce donjon,
nous ne pouvons jamais ressentir.
Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison,
le temps s'écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière,
de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure.
Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n'a jamais
parlé, mais il observe ce monde «enchanté» et toutes les âmes qui
le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s'occupant des
prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile.
Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie
d'une mission : sauver l'un d'entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver
un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent
une bribe d'espoir, un souffle d'humanité. Mais celui à qui elle
pourrait redonner la vie n'en veut pas. Il a choisi de mourir.
La rédemption, le pardon peuvent-ils exister dans ce lieu où règnent
violence et haine ? L'amour, la beauté éclore au milieu des débris ?
Rene Denfeld dépeint un monde d'une grande férocité avec une infinie
poésie et une profonde humanité et nous offre un diamant brut d'émotions.